Armelle de Saint Sauveur : Le moringa, l’arbre miracle

Armelle de Saint Sauveur : Le moringa, l’arbre miracle 

 

 Le Moringa oleifera est utilisé depuis des millénaires, notamment en Asie, pour guérir de nombreuses maladies. Il connaît un engouement ces dernières années dans nos pays occidentaux. Qui mieux qu’Armelle de Saint Sauveur pouvait nous parler de cet « arbre miracle ». Femme passionnée et passionnante, elle nous raconte son aventure à la découverte du moringa aux multiples bienfaits.

 

Lorsqu’on me demande comment j’ai découvert le moringa, j’ai envie de répondre : « Je suis tombée dedans quand j’étais petite ! »

J’avais en effet vingt ans, j’étais en stage de fin d’études d’ingénieure agricole dans un lieu paradisiaque : le Conservatoire botanique national méditerranéen de Porquerolles. Non contente de passer mes journées dans une nature de rêve à étudier les collections d’arbres fruitiers méditerranéens, je m’étais impliquée dans une association de développement des plantes adaptées aux zones arides. Je m’intéressais alors à l’arganier, inconnu en Europe. Par ailleurs, l’association avait d’autres projets en cours dont des recherches sur le traitement des eaux avec le… Moringa oleifera.

À l’époque le moringa suscitait un grand intérêt scientifique, voire commercial, pour sa capacité à clarifier l’eau. Ses graines contiennent en effet une protéine qui agit comme floculant, c’est-à-dire qu’elle permet aux particules flottant dans l’eau de s’agglomérer et de se déposer au fond. Notre association était chargée d’enquêter sur les conditions de production de ces graines en Afrique, et d’en rapporter des échantillons pour faire des essais de traitement de l’eau.

 

 

Je me souviendrai toujours de ce matin d’hiver où Michel, le président de l’association, frappa à ma porte dès l’aube et me demanda : « Veux-tu partir en mission en Afrique de l’Ouest demain ? B. ne peut pas y aller.» J’ai dit : « Oui, bien sûr ! » Et c’est ainsi que je suis partie en 1989 pour ma première mission à la découverte du moringa.

C’est là, sur les bords du fleuve Niger, que je découvris que le moringa était devenu un « arbre maraîcher ». Les paysans le cultivaient, le taillaient, l’arrosaient, le protégeaient du bétail en tressant des clôtures avec ses branches, et surtout récoltaient précieusement ses feuilles. Cet aliment recherché était (et est toujours) vendu sur les marchés et consommé comme un épinard, cuit avec des oignons, des arachides et un peu de piment, pour constituer une sauce très appréciée dans la région, le kopto. Mais ce n’est pas tout : la feuille de moringa faisait l’objet d’un commerce transfrontalier, était séchée et transportée par camions entiers. Lors du ramadan, les prix s’envolaient, les agriculteurs engrangeaient de bons profits. Je compris que ce petit arbuste pouvait constituer une ressource économique et alimentaire inespérée pour les pays du Sahel.

J’ai rapidement organisé une étude sur la filière moringa au Niger, et j’ai entrepris des recherches sur l’intérêt économique et nutritionnel de cette feuille d’arbre tendre et savoureuse. Les résultats furent étonnants : les rendements et les profits des agriculteurs étaient bien au-dessus de la moyenne, avec des récoltes régulières toute l’année, car le bien nommé « arbre de vie » ou « never die » produisait sans arrêt des feuilles, stimulé par la taille.

Côté nutrition, ce fut encore plus spectaculaire. Les analyses montraient que ces petites feuilles constituaient un véritable concentré de vitamines et de minéraux, sans parler des protéines. Des ONG américaines l’utilisaient déjà contre les carences alimentaires des femmes enceintes et des enfants au Sénégal et en Mauritanie. Et si l’on superposait la carte de la malnutrition et celle de la zone de culture possible du moringa, on constatait qu’elles coïncidaient exactement !

Et c’était parti ! Missions en Inde, le pays du moringa, pour rencontrer des agronomes et biologistes spécialisés, retour au Niger, mais aussi enquêtes au Burkina Faso, au Sénégal, au Kenya et en Tanzanie… Je suis devenue en quelques années une monomaniaque du moringa. Il faut dire que ce petit arbre me donnait du grain à moudre : plante alimentaire mais aussi médicinale, ses graines produisant une huile de grande qualité nutritionnelle et cosmétique, sans oublier le traitement des eaux qui suscitait un intérêt grandissant.

 

Au bout de quelques années, j’eus l’opportunité de partir vivre et de travailler au Kenya, puis à Madagascar. Je croyais sincèrement que le moringa allait me lâcher ! Bien sûr, il existait une espèce de moringa endémique au Kenya, et deux autres à Madagascar, mais je les laissais plus ou moins tranquilles, étant occupée à d’autres tâches, en particulier ma thèse sur les vols de bétail à Madagascar.

À mon retour en France, quelques années plus tard, j’ai constaté que la communauté mondiale des « fans » de moringa s’était développée, tout comme les connaissances sur ses multiples intérêts. J’avoue m’être sentie un peu dépassée, et c’est là que j’ai eu une idée géniale pour me remettre à niveau : organiser une rencontre mondiale sur le moringa ! Je n’ai pas tardé à trouver des organismes pour financer cet événement, qui eut lieu en Tanzanie en 2001, l’année de la naissance de ma fille. Deux nouveaux départs…

 

Le colloque fut un succès, rassemblant des scientifiques, personnels d’ONG et entreprises privées de trois continents. Une petite centaine d’invités heureux de mettre en commun leurs connaissances encore parcellaires sur cette plante peu connue. À l’issue de cette rencontre, j’ai créé le site MoringaNews, plateforme d’échanges et d’informations qui nous a permis de rester en contact et qui est rapidement devenu une référence.

La naissance de Moringa & Co

Mon passage du monde scientifique à celui de l’entreprise s’est fait un peu par hasard. D’abord une suite de difficultés professionnelles, alors que je n’avais jamais rencontré de problèmes humains ou financiers dans mon travail auparavant. Puis un gros souci de santé – cancer du sein –, moi qui étais d’habitude toujours en pleine forme. Le résultat fut un coup d’arrêt à mes activités « moringuesques ». J’ai donc remisé tout ce qui concernait le moringa au placard, et j’ai commencé à m’impliquer bénévolement dans le mouvement Slow Food, puis dans Disco Soupe, un collectif contre le gaspillage alimentaire. Ce fut une véritable cure d’optimisme : j’y ai rencontré une bande de jeunes entrepreneurs sociaux qui créaient le monde de demain, coopératif, inventif, solidaire. J’ai appris à partager mes idées, à ne plus opposer business et éthique et, surtout, à voir le moringa d’un autre œil !

Mon projet fut bientôt clair : acheter une partie de la production de mes partenaires africains, et créer une gamme de superaliments pour la cuisine à base de moringa pour les consommateurs européens. Le lien était fait entre ma vie d’avant, soutenir les producteurs du Sud, et mon envie de m’impliquer davantage dans l’alimentation en France.

Seulement, il y avait un problème : la vente de produits au moringa n’était pas autorisée en Europe. Comme beaucoup de produits tropicaux, la feuille de moringa était régie par la réglementation « Novel Food » : tout produit alimentaire non commercialisé dans l’Union avant l’entrée en vigueur de cette loi doit faire l’objet d’une demande d’autorisation, une aventure qui peut coûter 200 000 € et prendre deux bonnes années… Mais là, un petit miracle s’est produit : un de mes partenaires a envoyé un consultant à Bruxelles pour étudier la manière de monter le dossier et, au vu des informations apportées, le responsable des produits « Novel Food » a décidé de déclasser le moringa de la liste des produits interdits !

Le deuxième petit miracle fut la découverte, à 100 mètres de chez moi, d’un des seuls ateliers d’insertion par le travail (Ésat) de Paris habilité à conditionner de l’alimentaire, et certifié bio. L’Ésat pouvait se charger de stocker les matières premières, de conditionner mes produits, de gérer les ventes en ligne et d’effectuer les livraisons

Fin 2014, avec une amie de longue date, je décidai donc de lancer Moringa & Co durant le forum Terra Madre de Turin, un événement qui rassemble les petits producteurs du monde entier soutenus par Slow Food, pour mettre en avant la biodiversité alimentaire et culturelle. Ce fut un beau succès.

L’adhésion d’une clientèle soucieuse de sa santé et ouverte à l’innovation fut au rendez-vous. L’implication de partenaires financiers nous a permis d’envisager un développement rapide.

Voici le récit de mon histoire humaine avec ses élans, ses déconvenues et ses petits miracles à saisir. Comme la vie en somme… le moringa en plus !

Pourquoi le moringa est-il si passionnant ?

Parce que LE MORINGA est UN SUPERALIMENT COMPLET !

Le moringa est utilisé depuis des siècles comme remède de santé par la médecine traditionnelle indienne ayurvédique. Sa teneur en antioxydants bat le record de la baie d’açaï et ses apports en protéines, vitamines et minéraux placent cet arbre de vie en tête du classement des légumes les plus riches au monde en nutriments.

Cet arbre originaire d’Inde est cultivé dans toutes les zones tropicales pour ses nombreux usages alimentaires (fruit, feuille), médicinaux (toutes les parties de la plante), cosmétiques (huile) et même industriels (traitement de l’eau avec la graine). Cependant, ce sont ses feuilles qui ont connu le développement le plus spectaculaire : sous forme de poudre séchée, elles sont utilisées depuis une vingtaine d’années pour lutter contre les carences alimentaires en Afrique et en Asie. La poudre de feuilles de moringa est ainsi incorporée dans des bouillies pour bébé, des biscuits, des boissons, ou ajoutée aux plats cuisinés.

Quels sont ses bienfaits ?

La feuille de moringa est le végétal le plus complet en micronutriments, selon le World Vegetable Center. Cet aliment 100 % végétal et naturel assure l’équilibre des apports grâce à sa teneur exceptionnelle en vitamines, minéraux et antioxydants. De plus, la poudre de feuilles offre un quart de son poids sec en protéines et contient tous les acides aminés essentiels. Riche en acide caféylquinique et en chlorophylle, son action détoxifiante sur le foie est égale à celle de l’extrait d’artichaut. Ses propriétés médicinales contre le diabète, l’hypertension et les maladies cardio-vasculaires sont confirmées par de nombreuses recherches scientifiques.

Comment le consommer ?

Un superaliment est efficace à partir de quelques grammes par jour, associé à d’autres aliments qui en facilitent la digestion : c’est pour cette raison que le moringa (comme les autres superaliments) est intéressant à utiliser en cuisine plutôt qu’en gélules. Cru ou cuit, dilué dans de l’eau ou dans des corps gras, la variété des modes de consommation assure l’assimilation optimale de tous les nutriments. Le fer par exemple sera quatre fois mieux assimilé cuit, alors que la vitamine A sera mieux fixée par l’organisme si elle est crue et associée à des lipides.

Et son goût ?

Son goût de chlorophylle acidulée apporte du peps. Entre l’épinard et le cresson, sa saveur végétale légèrement piquante relève les plats, les smoothies, et peut s’incorporer dans les pâtisseries à l’instar du thé matcha. Une à trois cuillerées à café par personne et par jour, mélangées à une soupe, un risotto ou une vinaigrette, diluées dans un jus, suffisent à faire le plein en nutriments essentiels, à combler les déficiences de l’organisme et à lutter contre les virus.

Pour qui en particulier ?

Le moringa est bon pour tous ! Pur, il est adapté au régime végétarien et est sans gluten. Sa consommation est particulièrement un atout pour les intolérants au lactose, grâce sa forte teneur en calcium assimilable et en vitamine B2.

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